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Les sapeurs-pompiers face à la détresse des victimes

En intervention, les sapeurs-pompiers sont de plus en plus confrontés à la détresse des victimes qu’ils sont amenés à secourir

Ces dernières années, les missions de secours à personnes ne cessent d'augmenter et la prise en compte de la dimension psychologique occupe une place de plus en plus importante dans la gestion de situations sensibles.
En effet, les sapeurs-pompiers sont les témoins des drames qui touchent leurs concitoyens et ils en demeurent potentiellement affectés (résonance personnelle, identification…). Aujourd’hui, ils interviennent de plus en plus souvent auprès de personnes en situation de crise, présentant pour certains des comportements inhabituels (sidération, agitation…).
Dès lors, la connaissance et la compréhension des réactions susceptibles de traduire la souffrance psychique leurs permettent de s’ajuster à chaque situation en adoptant les conduites appropriées.
Face à l’angoisse, la colère ou le désarroi d’une victime, le sapeur-pompier doit pouvoir adopter une posture empathique l’aidant à percevoir et discerner la souffrance afin de mieux répondre à ses besoins.
L’empathie dont il doit faire preuve, est non seulement une qualité humaine mais surtout une véritable compétence professionnelle à développer dans la relation d’aide.
Bien que l’intervention des sapeurs-pompiers soit limitée dans le temps, l’enjeu majeur est qu’ils puissent se faire le relais d’une prise en charge à plus long terme. Leur action immédiate (paroles et gestes adaptés) est déterminante pour amener la victime à accepter des soins ; souvent les victimes rejettent l’aide proposée, refusant de reconnaître leur souffrance.

Malgré son professionnalisme, le pompier n’est pas indifférent à la détresse, ce qui peut le déstabiliser, voire le révolter, le renvoyant parfois à son vécu personnel. Il peut aussi éprouver un sentiment d’impuissance face aux difficultés engendrées par la souffrance psychique pour lesquelles il n’est pas en mesure d’apporter des réponses (perte d’emploi, mort d’un nourrisson, tentative de suicide….). Il peut, par ailleurs, ressentir un sentiment de culpabilité de ne pouvoir en faire davantage. De tels ressentis sont difficiles à exprimer car ils s’opposent à l’idéal du métier : « sauver le plus grand nombre ».
Dès lors, dès qu’une intervention revêt un caractère traumatique, il importe de prendre en considération le surcroît d’émotions qu’elle peut générer chez les intervenants (agitation, colère, indignation, pensées obsessionnelles…).
Le ‘’désamorçage ‘’ consistera à leur donner un temps d’échange permettant de verbaliser librement leurs ressentis afin de dissiper les malaises.

Pour sa part, le SDIS 90 a recruté deux psychologues en qualité de sapeurs-pompiers experts, Antonia Altmeyer et Nadine Szymanski qui sont chargées d'assurer des actions de « defusing » et de « debriefing » collectifs ou individuels suite à des retours d'interventions à fort impact émotionnel.
Elles assurent également un soutien psychologique individuel auprès des sapeurs-pompiers.
Elles-mêmes participent à des actions de formation et de prévention du « burn-out ».

Nos psychologues constatent que l'accumulation de situations choquantes émotionnellement fragilisent à terme les résistances des sapeurs-pompiers et qu'il est nécessaire d'y être vigilant et de reconnaître lorsque l'on est touché et surtout ne pas hésiter à demander du soutien (de ses pairs ou de professionnels) On ne peut aider une personne en souffrance que lorsque l'on est solide soi-même.

Pour toute intervention, le chef d'agrès ou l'officier de garde peut solliciter les psychologues. Tout sapeur-pompier peut, lui-aussi, s’adresser aux psychologues pour un entretien individuel sans en faire la demande auprès de sa hiérarchie.
Ces entretiens individuels sont confidentiels et sont assurés pour le moment par Nadine Szymanski.
Les coordonnées sont disponibles au CTA et dans tous les Centres de Secours.

Enfin, on constate que la culture de la performance peut amener à minimiser l’importance du ressenti traumatique. Et pourtant c’est une preuve de maturité et d’humilité que de savoir reconnaître ses propres limites.